Un SDF devant le magasin Printemps, près de la place de la République à Paris

Il a une trentaine d'années. Il est accompaagné d'un chien famélique qui dort étalé, lui même vautré contre le mur, au milieu de fringues sales et de sacs en plastique bourrés de bazars. Il lit un livre qui a l'air absolument neuf, grand format coûteux. Il le dévore visiblement avec gourmandise et, surtout, le sourire. Je ne vois jamais les SDF lire de livres, seulement de vieux journaux récupérés dans la poubelle. En passant, je lorgne : c'est un recueil de textes de Pierre Desproges.

La géante hollandaise

Ce n'est pas le nom d'une salade, mais c'est une femme blonde de plus de deux mètres, une beauté incroyable vêtue d'un léger corsage et d'une micro-jupette sur des jambes forcément interminables qui est passée lentement à l'angle de la rue de la Verrerie et de la rue du Renard, ce lundi 21 juillet à midi...
Je fumais une cigarette en face. La dizaine d'hommes assise à la terrasse du café à son passage, la découvrant brusquement, a brusquement cessé de parler. Dans un bel ensemble, bouche bée, ils l'on suivie du regard puis de la tête, jusqu'à ce qu'elle soit hors de leur vue. L'effet de ce bel ensemble était d'un des plus hauts comiques, -et j'ai regretté de ne pas avoir de caméra...
Cela étant, je n'ose pas imaginer comment cela doit se répercuter, fatalement, pour cette femme sur ses rapports d'une manière générale avec les gens... Les femmes doivent la détester dès qu'elle entre quelque part, et les hommes adopter des comportements divers, mais sans doute au grand jamais "naturels". Une amie, grande blonde du même genre, m'a confié qu'à force cette modification des rapports impliquée par son physique, finissait par faire souffrir, sinon lasser et fragiliser... même si cela lui permet de décrocher les plus beaux mâles, et bien des riches et prestigieux. La géante hollandaise étant encore bien des crans au-delà, et à vue de ce qu'elle déclenche à seulement flâner dans la rue, doit sans doute vivre dans un monde bien différent de celui des autres femmes... L'envier ou la plaindre ?

Dans le RER, de retour de Val d'Europe, mercredi 28 mai 2008, vers 23h30

Je suis en train de lire dans un wagon presque vide. Il se remplit à l'approche de Paris et deux jolies Réunionnaises (enfin je pense qu'elles sont de la Réunion) de 20/25 ans, habillées très Neuf-trois, s'asseyent sur la banquette ; l'une à côté de moi, l'autre en face. Elles parlent chiffons et moi je termine "Que notre rêgne arrive" de Ballard. Soudain, le portable de celle qui est assise à ma droite sonne. Elle décroche :
"Oui, oui... Comment vas-tu ? Oui... On a été mangé à Disney... Oui, oui... Ah bon ? IL A PERDU SES JAMBES ? Qui ça ? Dialo ? Tu veux dire les DEUX JAMBES ?"
Il me devient très difficile de rester concentrer. Je comprends Dialo ou Bolao pour le prénom, mais difficile d'en être certain à cause de son accent. Elle continue :
"Les DEUX JAMBES ? Mais... Mais... Il l'a fait exprès ou c'est un accident ? Ah, tu sais pas..."
Elle s'énerve :
"Alors comme ça tu téléphones et tu racontes qu'il a perdu ses jambes et tu n'es pas capable de me dire comment. Hein ? Comment il a fait pour perdre ses jambes ? Hein ? J'en sais rien moi maintenant ? Parce que si c'est un accident, bon ben c'est pas de chance, mais si c'est lui le responsable, bon ben c'est embêtant car il va s'en vouloir. Bon, t'en sais rien, t'en sais rien... Pffff.... Bon, tu me rappelleras pour me dire ?"
Elle manque de raccrocher, puis se ravise :
"Attends. C'était comment la Nouvelle Star ? Ah bon ?... Ah bon ?... OK, on se rappelle. tu me dis pour les jambes de Dialo".
Elle raccroche et annonce à sa camarade d'en face qui feuillette un magazine de chanteurs :
"Dialo, hé bien, il a perdu ses jambes.
- Ah bon ? C'est un accident ?
- Ben... elle ne sait pas. Elle me dit ça, il a perdu ses jambes, et elle ne sait pas comment . C'est pénible, mais elle ne sait rien de plus.
- Les deux jambes ?
- Les deux, apparemment, ça c'est sûr".
Un silence. Puis celle qui tient le magazine le tend vers l'autre.
"Tiens, tu vois, c'est ça que je veux m'acheter. Comment tu trouves ?
- C'est pas mal en effet. Tu crois qu'on va trouver ça à Bercy 2 ?"
Elles se remettent à parler chiffons. Je replonge dans le bouquin que je faisais semblant de lire. On file vers Paris dans le roulis du RER. Quelque part, un type vient de perdre ses deux jambes, mais on ne sait pas comment. Il va se réveiller avec une désagréable surprise. Sa vie vient de basculer. Une de ses connaissances va s'acheter elle de nouveaux jeans. Elle y pense, comme ça sans être plus affectée par l'événement.
Le train traverse un tunnel.
On a tous hâte de rentrer.
Les deux jambes.

Décomplexée

13h30. Sur le trottoir face à l'Australian bar, Café Oz près du métro Châtelet à Paris, une jolie trentenaire, coquette, douce et raffinée, blonde et charmante passe devant un restaurant de kebab, entre la vitrine réfrigérée et les tables sous parasols auprès desquelles des clients sont assis sur des chaises de salon de jardin.
"Ooooh, le beau restaurant de bougnoules", s'exclame-t-elle.

Un "Les gens" visuel

Un "Les gens" visuel que je viens de retrouver sur mon ordinateur et que j'avais réalisé à l'époque au vol, car j'entendais sa conversation, et, la pauvre cadre wonderwoman était pathétique... :

Un "Les gens" de Gaelle : École maternelle à Pontoise - vendredi 15 décembre 2006.

Une maman à la maîtresse : “Aurélien à des problèmes de circulation sanguine, il fait très froid ce matin et il se peut qu’il ait mal aux mains, vous savez c’est congénital, il est comme moi ! C’est terrible, cela m’handicape énormément, par exemple lorsque je vais faire du ski, je ne peux pas enchaîner 2 pistes à la suite !“

Un "Les gens" de Dominique : Paris -samedi 24 septembre 2006.

En ce moment, le fils de mon concierge fête son anniversaire. Le temps étant relativement clément, ses amis et lui jouent dans la cour de l'immeuble... ça crie, ça gueule, ça rit... bref ces gosses jouent comme on peut jouer à cet âge-là, insouciant. Et bien sûr, il faut qu'il y ait un con de voisin qui vienne se plaindre du bruit. Enervement du concierge, qui tente vainement de lui expliquer que ce sont des enfants et donc c'est normal.
L'autre le baratine sur le respect des autres, que lui ne fait pas de bruit quand il fait une fête (vu qu'il n'en fait jamais, c'est en effet beaucoup plus calme). Le Con menace même d'appeler la police, ce à quoi lui retorque le concierge qu'il ne loupera pas si par malheur un jour il y a du bruit chez lui.
Le plus drôle fut la réaction des gamins (entre 5 ans et 11 ans) :
Extraits choisis :
Le voisin : "est-ce-que l'on vous ennuie nous le dimanche ?"
Un môme : "oui, vous en ce moment !!"
Le voisin : "c'est tout le temps ainsi le dimanche !"
Le concierge : "tout le temps !mais vous avez quoi entre les oreilles ?" Un môme : "du vide !"
Le voisin : "ne vous énervez pas ! je vous demande de répondre positivement !"
Un môme : "et si vous alliez autre part ?"
Le concierge : "Allez les enfants ! On rentre ! certains ne savent pas ce
que c'est que d'avoir des enfants"
Un môme (bien fort) : "Au revoir Monsieur !"
Un autre môme (tout aussi fort) : "Merci Monsieur !!"